L’Italie

Mon voyage en Italie a commencé à Florence, puis je suis descendu dans « la botte » vers Rome, sur la côte Amalfitaine près de Naples et enfin dans le talon de « la botte » : les Pouilles.

Ma première impression dans cette partie de l’Italie est un contraste assez fort entre des villes très minérales avec peu d’espaces verts dans les rues mais de l’agriculture très proche des villes, de grands parcs et la nature qui prend place entre les villes ou sur les reliefs inaccessibles.

Mon voyage en Italie se passe en temps de Covid, du 6 février au 14 mars 2021, le printemps pointe le bout de son nez et les travaux paysagers sont encore à l’arrêt…

Ecosystème

Les écosystèmes qui attirent mon attention sont ceux que l’on peut trouver en ville ou à proximité des villes, où s’organise la vie de la faune et de la flore ainsi que leur déplacement d’un point à un autre.

Sans que ce soit exceptionnel, je trouve qu’il y a plus facilement en Italie des zones délaissées dans les espaces verts. Que les espaces verts en général sont beaucoup moins aménagés qu’en France, moins de chemins en béton mais aussi moins de plantations variées, moins de jardins paysagés

Les cultures côtoient la ville, de l’agriculture urbaine qui n’a jamais été exclue des villes, des cultures d’oliviers, quelques serres, quelques parcelles agricoles. Cette partie de l’Italie, de la Toscane aux Pouilles, est très verte mais les paysages sont souvent très marqués par les cultures. Je me demande donc quelle est la place de la nature et de la faune sauvage dans ces paysages de plaines et de collines plantées d’oliviers. La faune et la flore ont besoin d’une grande variété d’écosystèmes pour se développer, et là, le paysage est répétitif sur des centaines d’hectares !

Par contre, dans les régions que j’ai traversé il y a beaucoup de reliefs, de montagnes abruptes ou de collines qui ne sont pas construites ou aménagées. Des petites parties ont été conquises par l’Homme pour construire des villages ou mettre en place des cultures, mais de larges zones restent inaccessibles et sont autant de refuges pour la flore et la faune.

Faune

Depuis que je travaille en gestion écologique, je suis toujours attentif aux êtres vivants qui nous entourent et à leur lieux de vie. En cette fin d’hiver, j’ai pu observer le début du réveil de la faune, avec beaucoup de reptiles typiques du climat méditerranéen, comme les lézards, habitants les nombreux murs de pierre entourant les champs d’oliviers ou les zones montagneuses.

Dans le jardin botanique de Rome, l’hôtel à insectes a attiré mon attention, un lézard des murailles a trouvé un bon spot de chasse !

Plus loin, dans un bassin du jardin d’inspiration japonaise, des longues grappes d’œufs de crapauds étaient accrochées dans la végétation.

Dans la reconstitution d’une forêt avec de grands arbres, en dessous de la végétation basse et des petites mares : des tritons ! Difficile de faire de belles photos sous la surface de l’eau, je les ai observés quelques instants avant de devoir courir rejoindre les autres…

Lorsque l’on est attentif à la vie qui nous entoure on découvre plein d’espèces que l’on ne voit pas au premier regard. D’autres attirent l’attention comme la perruche moine qui est un peu différente de nos perruches à collier mais tout aussi envahissante. Ici, on ne trouve pas de Corneilles mais des Choucas des tours qui ont sensiblement la même place que dans nos villes. Plutôt que d’être tous noirs ils ont une partie de la tête et du corps gris avec des yeux clairs.

Sur les routes, on aperçoit beaucoup de rapaces faisant des cercles dans le ciel mais aussi beaucoup de petits oiseaux. En effet, ici, pas besoin du confinement pour entendre les oiseaux chanter même à Rome !

Mon voyage se déroulait en hiver, beaucoup d’insectes n’étaient pas encore réveillés, quelques papillons, quelques butineurs et des sortes de milles pattes un peu partout autour des habitations.

Flore

Je ne pensais pas être si surpris par la profusion de fleurs et de plantes sauvages autour ou dans les villes, sur les bords de route, sous les plantations d’oliviers… J’ai appris le métier de jardinier en région parisienne et les villes ou les bords de routes sont plutôt envahies par de la végétation non désirée et en mauvais état. Ici, les bords de route sont moins aménagés avec une végétation de prairie qui parait naturelle.

En France, beaucoup de plantes à fleurs en bords de route ont disparu. Les plus robustes (souvent les « mauvaises herbes ») ont résisté et se sont multipliées. Le stock de graines du sol a donc été enrichi par beaucoup plus de ces plantes et ainsi de pire en pire avec l’implantation des Espèces Invasives.

On trouve en Italie aussi ces mêmes espèces invasives en bord de route mais vraiment très ponctuellement. Les plus visibles en hiver sont les ailantes.

L’Italie, peut-être avec un autre traitement des bords de route, a pu conserver une belle biodiversité végétale !

Par contre, dans les vielles villes, il y a très peu de place pour la végétation, tout est recouvert de pierre ou de béton, chacun chez soi. Les ruelles étroites ombragées qui canalisent les flux d’air ne laissent guère de place aux plantations. Hors de la ville, une profusion de vert et de couleur mais en cœur de ville plus rien !

Piazza del campo à Sienne, énorme place minéral

Réemploi des matériaux

Dans le sud de l’Italie, il y a toute une filière de fabrication de tuteurs et de poteaux de bois brut qui servent pour les rangs de vignes, pour faire des clôtures ou des retenues de terrains. On voit beaucoup d’utilisation de matériaux bruts ou de travaux avec ce qui est disponible à proximité, de la débrouille avec un peu de technique et on a une belle clôture ! En montagne, dans les zones inaccessibles aux véhicules à moteur, des travaux de taille permettent de mettre en place des fagots de branches pour retenir la terre, les poteaux pour les gardes-corps proviennent des matériaux environnants…

Techniques

Je trouve intéressant d’observer l’importance du jardin dans le quotidien des Italiens : est-ce que l’art des jardins a aujourd’hui encore une importance ? Ensuite, est-ce que l’évolution du métier que l’on a en France avec l’application de la gestion différenciée trouve son pendant également en Italie ? Quelle est la place de la nature dans le quotidien des gens ?

En Italie, quand les gens ont des jardins, ils sont souvent utilisés pour le potager, les oliviers, les vignes ou les fruitiers. Dans les régions que l’on a traversées, les italiens ont un usage très pratique du jardin.

Comme la saison d’espace vert n’avait pas encore commencé, il est difficile d’observer les travaux que les Italiens pratiquent. J’ai seulement pu observer quelques travaux de fin d’hiver sur les oliviers. Pour le reste, j’observe autour de moi dans les rues ou dans les parcs comment sont aménagés les espaces verts et quels sont les techniques d’entretien ou de création mis en place.

La culture des oliviers dans le sud de l’Italie est omniprésente, avec différentes techniques d’entretien selon les parcelles, le but étant toujours de faciliter le ramassage des olives. Certains labourent toute la surface, d’autres font seulement des ronds sous les oliviers… D’un point de vue biodiversité, la conservation de morceaux de prairies plus ou moins grandes est toujours préférable que de tout raser… On devine aussi par endroits des surfaces traitées au désherbant total de type glyphosate.

A Rome, les parcs urbains comme ceux de l’Aqueduc ou le parc del Appia Antica, sont des lieux de détente avec de grandes étendues de pelouses pour l’agrément, des grands arbres, des bosquets d’arbustes et quelques nouvelles plantations. Il y a quelques zones sauvages qui s’organisent naturellement autour de morceaux de ruines, des zones mal accessibles ou sur les abords du parc. Il y a peu de massifs de fleurs ou d’arbustes décoratifs (voir paragraphe écosystème) .

En gestion écologique, on porte également beaucoup d’importance au sol et notamment à la problématique du tassement. Or, dans ces grands parcs urbains les voies piétonnes sont en terre tassée.

A Rome, dans le jardin botanique, on retrouve des aménagements paysagers, des tailles de végétaux architecturés mais la vie sauvage y est tout de même présente (voir paragraphe Animaux).

A Florence, dans le jardin de Boboli attenants au Palais Pitti des Médicis, on retrouve un plan de jardin Rennaissance avec de grands linéaires d’arbres taillés au carré soulignés d’allées rectilignes, ponctuées de statues et de fontaines. Au fil des ans, on sent que le parc a du perdre de sa superbe et aujourd’hui il est plus connu pour la vue sur la ville de Florence et les grandes pelouses que ses aménagements paysagers.

Encore une fois, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de voir les jardiniers à l’œuvre, comme nous étions encore en hiver.

Materiel

Le matériel qui a attiré mon attention en Italie est une nacelle élévatrice sur le 3 points d’un tracteur, avec une tronçonneuse perche branchée en hydraulique pour tailler les branches d’oliviers. L’arboriculteur place le tracteur d’un côté puis de l’autre et taille l’arbre en laissant les branches au sol. Les branches restent sécher le temps que les feuilles tombent puis elles doivent sans doute être broyées sur place par la suite.

Ce que je retiens de mon voyage en Italie

En quittant l’Ile de France, j’étais à la recherche de plus de nature, moins d’aménagement et de nourrir l’idée de concilier l’art du jardin et l’écologie. En Italie, cela m’a fait du bien de trouver une nature qui ne semble pas toujours maitrisée, il reste beaucoup d’endroit où la nature trouve sa place que ce soit en ville, sous les oliviers ou les vignes, que ce soit grâce au patrimoine ou aux dénivelés, peut-être parfois à cause (ou grâce) du manque de moyen mis en œuvre… La gestion écologique des espaces verts telle qu’elle peut être pratiquée en France ne trouve pas vraiment son pendant en Italie, mais des zones naturelles s’organisent ‘accidentellement’ par endroits. La faune et la flore sauvages sont encore présentes dans les villes, en dehors des centres historiques habités, quand il y a des espaces verts et dans certaines zones de culture qui offrent malgré tout des lieux de vie.

A Rome, les ruines préservent aussi des EV en centre ville

L’Italie possède encore une grande variété d’espèces qui se raréfient en France. J’espère que le pays saura les préserver, les multiplier et peut être trouveront elles le chemin pour revenir par chez nous !



Publié par Earthrom

J'ai toujours travaillé en temps que jardinier mais j'ai mis quelques temps avant de trouver ma voie. J'ai fait de la ville, de la résidence, du particulier dans différentes entreprises petites ou grandes ... Pour finalement me passionner pour la gestion écologique des espaces verts en milieu urbain, la nature sauvage en cœur de ville. Ce site est là pour partager mon expérience et accompagner les professionnels de l'espaces verts pour améliorer la biodiversité en ville et travailler à s'entendre avec la nature plutôt que de la contrôler.

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