En gestion différenciée, dans les parcs et jardins, certaines zones de pelouses sont transformées en zones prairiales pour favoriser le développement de la biodiversité (animale et végétale). Ces zones peuvent être semées d’un mélange de fleurs des champs ou on peut simplement laisser s’exprimer la banque de graines du sol pour obtenir une prairie naturelle.
Les prairies ont également un rôle paysager afin de signaler le mode de gestion suivi. S’il y a des prairies, les espaces verts sont en gestion différenciée. Si toutes les pelouses sont tondues, les espaces verts sont en gestion traditionnelle.
Pour marquer l’entretien et délimiter les zones prairiales avec les zones tondues, les bords des prairies sont souvent découpées à la tondeuse en formes courbes, ce qui anime le paysage.


La fauche d’une prairie permet de maintenir la végétation dans un stade d’évolution jeune, avec des graminées, des fleurs, des vivaces (…) mais sans arbres ou arbustes. En effet la coupe répétée chaque année empêche la lignification de la parcelle, c’est-à-dire la pousse de végétaux ligneux comme les jeunes arbres ou les ronces. Si on laisse pousser naturellement une zone de pelouses sans intervenir, généralement au bout de quelques années, il y poussera des arbres et des buissons.
Quand et combien de fois faucher ?
Le fauchage des prairies a lieu généralement 1 à 2 fois par an mais peut être effectué plus souvent selon les besoins du site ou du public.
La fauche tardive
La méthode de fauche généralement appliquée est la fauche tardive, effectuée à partir de l’automne, entre mi-septembre et mi-octobre. Cette intervention favorise le développement de la biodiversité. En effet, une seule coupe permet à la faune et à la flore d’effectuer l’ensemble de leur cycle de vie et de se reproduire.



Les plantes peuvent pousser, fleurirent puis faire des graines et les animaux peuvent se nourir, grandirent et se reproduire.
Faucher pour sécuriser

Dans des zones très fréquentées, on peut pratiquer 1 fauche intermédiaire à la fin du printemps, fin mai-début juin. Cette intervention nuit au développement des insectes mais peut être une nécessité sécuritaire (risque d’incendie) ou esthétique (herbes sèches ou écrasées).
Faucher pour gagner de l’espace
Une fauche précoce fin mai-début juin peut être effectuée pour réduire la surface de prairie. Les zones prairiales les plus intéressantes sont conservées, d’autres peuvent être conduites en tonte pour répondre à une pression du public : il y a plus de gens dans les parcs et jardins à partir du mois de juin.
Faucher pour appauvrir le sol
Deux fauches par an peuvent être justifiées également pour appauvrir le sol. En effet, on constate que plus le sol est riche en nutriments, en azote surtout, plus la diversité floristique est faible. Dans un sol riche en azote, on va retrouver des plantes dites bioindicatrices comme l’ortie qui pousse très bien dans ces sols.
En fauchant 1 fois fin mai-début juin puis 1 autre fois entre mi-septembre et mi-octobre et en ramassant le produit de fauche, le sol va perdre des nutriments. Les végétaux puisent dans le sol pour se nourrir et grandir. Si on les laisse au sol après les avoir coupés, une partie des nutriments retourne dans le sol et l’enrichit… C’est pourquoi il est important de les exporter, idéalement dans le tas de compost, cela permettra ensuite d’enrichir d’autres sols ou d’aider de nouvelles plantations.
Avant de commencer, il faut choisir une zone refuge
Avant la fauche des prairies, il faut sélectionner des zones refuges de biodiversité. Ces zones prairiales seront laissées intactes tout l’hiver afin de maintenir les espèces pour l’année suivante. C’est pour cela qu’il faut choisir des morceaux de prairie en bon état.
Quelle dimension pour une zone refuge ?
Généralement, selon les ouvrages sur le sujet, il faut conserver un tiers de la surface de prairie en zone refuge pour maintenir un équilibre biologique. Ces surfaces sont à adapter selon le terrain, la qualité des prairies ou encore la biodiversité présente.
L’absence de zones refuges détruit en grande partie la biodiversité maintenue durant toute l’année. Le travail de conservation perd alors tout son sens.

Discussion de chantier :
« La prairie, c’est la maison des insectes. Toute l’année ils agrandissent la famille… à la fin, soit tu rases tout et tu espères que quelques uns s’en sortent par miracle…
… Ou tu leur laisses un bon coin, une zone refuge. Avec de la chance, c’est déjà chez eux ; sinon ils pourront y déménager avant l’hiver et ressortir tranquille le printemps d’après ! »
Avec quels matériels ?
En gestion écologique, on travaille à respecter et maintenir la biodiversité, ainsi il faut utiliser des outils de coupe adaptés afin de favoriser la reprise des végétaux et la survie de la faune.

Les débrousailleuses à fils, les tondeuses ou broyeurs de type Müthing sont à proscrire pour le fauchage des prairies. Ces outils arrachent les plantes, broient la faune prairiale et ne permettent pas de ramasser le foin.
Alors qu’un matériel adapté, coupe net les végétaux et permet, le plus souvent, à la faune de s’échapper.
Pour les grands espaces, un tracteur avec une faucheuse rotative sur prise de force attelée en 3 points est idéalle. Selon la taille des parcelles il convient de choisir la taille du tracteur, du micro tracteur aux engins agricoles.
Pour les zones de taille moyenne ou inaccessibles en tracteur, on peut utiliser un motoculteur porte-outils de type Rapid avec barre de coupe ou faucheuse rotative mais également une moto-faucheuse.
Enfin pour les petits espaces et finitions on utilise une débroussailleuse munie d’un disque ou d’une faucheuse voire d’une faux.



Suite au fauchage des prairies, la mise en andain du foin pour le ramassage, se fait soit manuellement au râteau à foin soit avec du matériel thermique.
Pour les grands espaces, on peut utiliser une andaineuse attelée sur le 3 points du tracteur mais ce type de matériel existe aussi pour les portes outils de type Rapid.
Pour ramasser le foin, encore une fois, le matériel est a adapter selon la quantité de foin et l’accessibilité du terrain. Soit on ramasse à la fourche en suivant les andains, on peut mettre en ballots avec une presse à balle ou ramasser en vrac avec une remorque auto-chargeuse de foin.
Reste à savoir ce que l’on fait du foin ramassé. La qualité du ramassage doit être en adéquation avec l’usage du foin : c’est moins grave de ramasser le foin sous la pluie si toute l’herbe va au compost. Par contre si le foin est destiné aux animaux, il va falloir s’appliquer !
Pour mettre le foin en ballots, il faudra d’abord le faire sécher grâce à une faneuse qui va retourner et agiter l’herbe afin de l’empêcher de pourrir avec l’humidité du sol. Suivant l’humidité du foin, plusieurs passage de faneuse sont nécessaire. Ensuite, avec l’andaineuse, on formera des andains pour faciliter la mise en balle par le round-baller (= presse à balle). Entre le fauchage et le ramassage, il peut s’écouler 5 à 7 jours pour la production de foin.




ça y est : on peut faucher !
Une fois l’appréciation du terrain et des besoins matériels réalisés, on peut procéder au fauchage des prairies.
Le fauchage des prairies se fait par temps sec avec une succession de jours sans pluie afin de pouvoir ramasser dans les meilleures conditions. Une observation de la météo est donc nécessaire, surtout lors de la production de foin.
Afin de respecter la faune prairiale, la fauche doit être démarrée à l’opposé de la zone refuge ou au centre de la parcelle (fauche centrifuge). Ainsi la faune peut se déplacer au fur et à mesure vers les zones refuges ou vers l’extérieur de la zone de coupe.
Pour les mêmes raisons de préservation de la faune, la vitesse d’avancement ne doit pas être trop rapide pour que les insectes et les petits animaux puissent s’enfuir. Il faut aussi prendre le temps de regarder ce que l’on coupe pour éviter les pierres ou autres débris qui pourraient abîmer les lames.
Ramassage du foin
Le ramassage du foin doit être effectué au minimum 48h après la fauche pour faire sécher l’herbe et de laisser à la faune le temps de se déplacer vers les zones refuges. Le foin peut être ramassé en vrac, à la fourche ou avec une remorque auto chargeuse.
Pour la production de foin destiné aux animaux, 2 à 4 jours supplémentaires sont nécessaires :
- 1 ou 2 passages de la faneuse, pour faire bien sécher le foin (sinon il commence à pourrir sur place)
- 1 passage de l’andaineuse pour faire de belles lignes d’herbe sèche
- 1 passage avec la presse à balle pour faire les ballots de foin. Les ballots permettent un transport facile et peuvent être donnés pour des animaux de ferme par exemple.
Le produit de fauche peut trouver une utilisation sur le site pour limiter les exportations de matériaux tel que recommandé dans les référentiels de label écologique.
Ainsi la création de meules de foin permet de conserver sur le site le produit de fauche, de proposer un nouvel élément paysager mais aussi un abri pour la faune (hérissons, rongeurs, insectes…). Elle permet aussi aux oiseaux de trouver quelques graines ou des insectes pour passer l’hiver.
Selon le site, le foin peut être mis en zone de compostage ou exporté en décharge (en dernier recours). D’autres solutions peuvent être envisagées, comme l’épandage dans les massifs ou en sous-bois, mais cela nécessite des mises en œuvre plus lourdes. Une autre technique appelée « l’épandage de foin vert » permet de réensemencer de grandes parcelles de prairies mais je développerai ce sujet dans un autre article.

Sur cette parcelle, la prairie a été fauchée, une zone refuge a été maintenue sur le coté. Le foin a été ramassé 2 jours après, pour réaliser une meule sur la parcelle.
Pour conclure
En gestion différenciée, la mise en place d’une prairie (naturelle ou semée) est un élément majeur dans la volonté d’améliorer et de protéger la biodiversité. Cependant la localisation d’une prairie doit être réfléchie selon l’usage du site et les possibilités d’enlever une partie ludique aux usagers pour en faire une zone plus naturelle.
La fauche doit pouvoir s’effectuer selon les possibilités du site avec le matériel adapté aux surfaces.
Le fauchage va de pair avec la mise en place de zones refuges, indispensables à la survie des espèces pour l’année suivante.
Enfin, le fauchage est un mode d’entretien qui permet de limiter le nombre de passages annuels d’autres matériels ( tondeuses, débroussailleuses…) et ainsi limiter les interventions et par incidence la pollution et le tassement des sols.
