Comment une erreur d’entretien redéfini un aménagement

Sur les réseaux sociaux, on voit souvent des avant / après montrant la transformation d’un jardin en déshérence en un magnifique aménagement paysager. Très bien… mais ce qu’on ne voit jamais, c’est comment on l’entretien, ce jardin.

Entretien vs Création

En entreprise, on oppose souvent la création à l’entretien, la première étant considérée comme la branche reine de l’aménagement paysager, plus rentable et valorisante, et le second comme le parent pauvre qui joue le rôle de voiture-balai. Après tout, qu’est-ce que l’entretien si ce n’est de la tonte, de la taille et du désherbage ? Ça, c’est ce que l’on peut se dire lorsque les enjeux de l’entretien nous passent au-dessus de la tête. Mais l’un des buts de ce blog est d’expliquer le contraire.

Etre et avoir été

En tant que professionnel, j’observe et analyse naturellement les espaces verts du quotidien. Déformation professionnelle oblige, je remarque plus facilement les erreurs : tailles inadaptées, végétaux malmenés, aménagements dont la fonction a disparu faute d’un entretien approprié.

Un exemple parlant concerne les arbres d’ombrage – enjeu majeur en climat tropical. En Martinique, des essences comme le pongame (Pongamia pinnata) sont parfaitement adaptées à cette fonction… à condition d’être correctement formées et entretenues. Il suffit d’un entretien inadapté pour réduire à néant la création, ou plutôt la conception initiale.

Pongames (Pongamia pinnata) utilisés pour l’ombrage d’un parking, le Diamant

Dans l’exemple ci-dessus, les pongames ont développé un tronc bien formé et un houppier (ensemble des branches) qui apporte une belle ombre au sol.

En revanche, dans l’exemple ci-dessous, les pongames n’ont pas été formés en arbres mais taillés au taille-haie afin de limiter leur développement vers les véhicules et de les contenir dans la plate-bande. L’aménagement du parking perd alors totalement sa fonction initiale.

Pongames sur un parking de supermarché, Les Trois Ilets

Dans le troisième cas, le choix des jardiniers est légèrement différent : les pongames ont été formés en arbres, mais selon un style très architecturé. Pourtant, à l’observation de l’aménagement, il apparaît clairement que ces arbres devaient initialement ombrager le parking.

Pongames sur un parking de résidence, Les Trois Ilets

Dans ces deux cas, une taille de restructuration pourrait être envisagée. L’arbre retrouverait ainsi un port plus naturel et son rôle de parasol, mais cela nécessiterait un suivi d’entretien rigoureux et intensif, pour une esthétique parfois discutable du résultat final. La décision doit revenir au propriétaire, selon les conseils d’un professionnel.

Pour conclure sur ces exemples, l’enjeu sur ce type d’aménagement est de former un tronc suffisamment haut afin que les branches basses permettent la circulation du public sous les arbres, tout en assurant pleinement leur fonction d’ombrage. Les tailles de formation du houppier sont primordiales durant les premières années, car elles déterminent la hauteur des branches définitives.

Aménager ce n’est pas simplement créer, c’est accompagner

La transmission des intentions de la conception fait malheureusement rarement l’objet d’une communication directe aux équipes d’entretien. Pour les jardiniers, il est donc essentiel d’observer les aménagements existants, d’en comprendre les objectifs et d’adapter les pratiques d’entretien en conséquence.

Comme quoi l’entretien ce n’est pas juste pousser une tondeuse…

88 Espèces Exotiques Envahissantes en Europe. Seulement ?

Cet été, l’Union Européenne a mis à jour pour la troisième fois la liste des « Espèces Exotiques Envahissantes préoccupantes » en y ajoutant 22 espèces (en pdf ici). Aujourd’hui, cette « liste de l’Union », créée en 2016, compte 88 espèces animales et végétales réglementées. Les 27 états membres s’engagent alors à réguler ces espèces en interdisant leur vente, en mettant en place des actions pour les détruire et en limitant leur propagation.

On se doute bien de la complexité des échanges entre les pays pour s’accorder sur ce qu’il faut mettre – ou pas – sur la liste… Mais 88 espèces, dont 47 animales et 41 végétales, cela semble dérisoire face à l’ampleur du sujet. D’autres mises à jour auront lieu mais en attendant, il y a bien plus d’EEE en France et en Europe que sur cette liste. D’après le centre de ressources des Espèces Exotiques Envahissantes, qui fait office de référence en France, il y aurait 12 100 espèces introduites en Europe dont 1000 considérées comme envahissantes.
Au rythme actuel, l’Europe aura complété sa liste dans 68 ans, sans compter les nouvelles EEE qui auront fait leur apparition entre temps !

Frelon à pattes jaunes (Vespa velutina)
Nicolas Y. D. TIREL, via Wikimedia Commons
Le poisson chat (Ameiurus melas) HalbsHännile, via Wikimedia Commons
Le Xenope lisse (Xenopus laevis)
Benedikt Rauscher, via Wikimedia Commons
Le Ragondin (Myocastor coypus)
Norbert Nagel, via Wikimedia Commons

Parmi les 47 espèces animales Exotiques Envahissantes préoccupantes, on retrouve le frelon asiatique (à pattes jaunes), le ragondin et, nouveau sur la liste, le Xenope lisse et le poisson chat. Tous provoquent de gros dégâts en prédatant les espèces locales et en dégradant les écosystèmes.

Il est vrai que question chiffres, il est difficile de trouver des données arrêtées tant il y a d’organismes et de référencements différents (OFB, UICN, EASIN, OEPP, INPN…). Chaque pays, voire chaque région ou département, établit ses propres listes et ses propres règles restrictives. Et de nouvelles espèces sont introduites constamment hors de leur aire de répartition d’origine, volontairement ou non, pouvant potentiellement devenir des EEE. Une organisation mondiale, l’ISSG (Invasive species specialist group = le groupe de spécialistes des espèces invasives), fait figure d’exception et interpelle le public avec sa liste des 100 espèces exotiques envahissantes parmi les plus néfastes au monde (lien ici). Elle met à jour la Global Invasive Species Database (base de données globale des espèces invasives) permettant de retrouver les informations sur les espèces selon leur genre, leur localisation, leurs impacts…

Renouée de l’Himalaya (Persicaria wallichii)
Gilles San Martin, via Wikimedia Commons
Berce du Caucase (Heracleum mantegazzinum)
MurielBendel, via Wikimedia Commons

La sève de la Berce du Caucase provoque de graves brûlures. Il y a 15 ans, le manque d’information à ce propos a valu une énorme cloque purulente sur le poignet d’un collègue… protégez vous bien si vous devez intervenir sur ces plantes !

Parmi les 41 espèces végétales Exotiques Envahissantes préoccupantes, on retrouve la renouée de l’Himalaya, la berce du Caucase et l’ailante glanduleux. Elles s’implantent en formant des massifs mono-spécifiques et empêche ainsi la flore locale de se développer.

Ailante glanduleux (Ailanthus altissima) Andrew Butko, via Wikimedia Commons

La liste des 88 Espèces Exotiques Envahissantes préoccupantes ne contient pas certaines espèces qui, personnellement – et j’imagine, une bonne partie des professionnels des espaces verts -, me préoccupent sur le terrain. La renouée du Japon, l’ambroisie à feuille d’armoise, la vergerette du Canada ou le séneçon du Cap, et pour les espèces animales, les plathelmintes (vers plats prédateurs des vers de terre, plus d’info ici), les bernaches du Canada ou les perruches à collier sont pourtant bien connues pour les dégâts qu’elles occasionnent dans les écosystèmes. Maintenant, il est -presque – certain qu’elles seront rajoutées à la prochaine liste après lecture de mon article ! 😁😁😁


Le centre de ressources des espèces exotiques envahissantes met à disposition de tous des fiches pratiques descriptives des espèces, les modes de gestion à appliquer, la réglementation ou l’historique relative à l’espèce sur le territoire.

Pour aller plus loin :

La France a mis en place le plan d’action 2022-2030 pour prévenir l’introduction et la propagation des Espèces Exotiques Envahissantes : Plan d’action du Ministère de la transition écologique.

A chacun ses Espèces Exotiques Envahissantes

En voyage au Canada je m’attendais à trouver les espèces envahissantes du Canada que l’on a par chez nous : les vergerettes du Canada ou les bernaches du Canada !
Si je vais un jour au Japon je chercherai des Renouées du Japon bien sûr ! Ce serait dommage de n’y aller que pour ça mais bon… Il y en a déjà partout, même au Canada !

Définition : On parle d’Espèces Exotiques Envahissantes (EEE) pour les espèces de plantes, d’animaux ou de bactéries qui se développent hors de leur territoire d’origine et qui causent des dégâts à l’environnement.

Bref, j’ai bien trouvé les bernaches, les vergerettes, et également des verges d’or du Canada. Mais j’ai trouvé aussi ce que je ne cherchais pas : les invasives européennes au Canada.

En visitant le parc Botanique de Montréal, il y a une partie consacrée aux EEE dont le Phragmite australis (roseau commun européen) qui s’implante partout où il y a de la place et qui remplace l’espèce locale. Les phragmites sont des végétaux des milieux humides qui forment des roselières sur le bord des lacs mais ils ont la capacité de se développer un peu partout, pourvu qu’il y ait un peu d’humidité.
Le Phragmite australis européen, plus vigoureux, remplace donc petit à petit l’espèce américaine, Phragmite australis ssp americana, celui présent au Canada, presque le même !
C’est pas trop grave ? …

Roselière composée principalement de Phragmites (FRANCE)

LES ROSELIERES

Les roselières se développent sur les berges des eaux calmes des étangs, des lacs ou des marais. Elles forment un écosystème indispensable pour la vie aquatique et terrestre.

Ci contre : Phragmite australis fraîchement arraché. La partie souterraine forme des stolons qui permettent à la roselière de s’étendre et de créer des zones denses.

Phragmites en fleurs, les plumeaux produiront des graines (FRANCE)


… Mon proverbe fétiche « la diversité entraine la diversité » marche malheureusement parfaitement dans l’autre sens, « la perte de diversité entraine la perte de diversité »! C’est donc toujours un problème lorsque disparaît une espèce et même une sous espèce. Les végétaux ont évolué avec leur environnement et font parti d’un équilibre complexe. Un changement, même s’il parait minime, peut provoquer des dégâts écologiques en chaîne en favorisant ou en défavorisant d’autres espèces. Les Phragmites australis européens sont plus vigoureux que leurs cousins américains, c’est-à-dire qu’ils poussent et s’étendent plus vite, et les autres espèces végétales normalement présentes dans les roselières disparaissent petit à petit sous la pression de cette espèce envahissante.

Le problème est que le Phragmite australis européen est franchement invasif au Canada et aux Etats-Unis où il forme d’énormes zones mono-spécifiques (d’une seule espèce). Il aurait été introduit involontairement dans les années 1800 en Amérique du nord. L’invasion s’est accélérée avec l’installation naturelle de massifs sur les bords de route, ce qui lui a permis de se propager dans d’autres milieux grâce aux graines portées par le vent ou par les véhicules.

Aujourd’hui, le Phragmite australis européen est considéré comme l’une des plantes invasives les plus préoccupantes sur le continent nord américain (Etats-Unis et Canada). La méthode la plus répandue pour lutter contre son expansion aux États-Unis est l’utilisation d’herbicides chimiques 😦 mais ce procédé est très contrôlé au Canada, notamment à proximité de l’eau. Dans tous les cas, l’éradication des phragmites nécessite l’emploi de matériel et la mobilisation d’une main d’œuvre conséquents, ce qui génère des coûts considérables pour l’entretien des zones touchées.

Pour en savoir plus sur la gestion des phragmites aux États-Unis c’est par ici – en anglais mais les logiciels de traduction existent pour ça ! :

Great Lakes Phragmites Collaborative est un réseau d’agences, d’organisations et de citoyens engagés dans la lutte contre les 
phragmites d’une manière ou d’une autre, y compris la gestion, la recherche et la communication.

Pour le Canada c’est par là :

Phragmite envahissant – Pratiques de gestion exemplaires, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario Peterborough (Ontario), version 2011, 15 pages.

Face à l’ampleur des dégâts écologiques et des coûts induits par l’installation d’une Espèce Exotique Envahissante, il faut pouvoir agir au plus tôt, dès l’apparition des tous premiers indésirables.

Ainsi chacun doit apprendre à connaître les terrains qu’il entretient et apprendre à voir les apparitions et les développements de plantes ou d’animaux susceptibles d’être des EEE. Être curieux, se renseigner, alerter autour de soi pour agir en conséquence permettra de préserver votre petit morceau de nature et bloquer l’avancée des EEE vers leur prochaine conquête !

J’ai rencontré le général Sherman

Le général Sherman – c’est le nom donné au plus gros arbre connu sur terre, est un survivant ! Il s’agit d’un séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) d’environ 2200 ans qui se trouve en Californie dans le Séquoia National Park aux Etats Unis. Il n’est pas le plus vieux, ni le plus grand, bien qu’il mesure tout de même 84 mètres, mais le volume de son tronc représente près de 1500 mètres cubes, soit la plus grosse masse végétale connue estimée à 1250 tonnes!

Réussir à prendre en photo le général Sherman sans un grand angle s’avère compliqué !

Le général Sherman est un survivant parce que sa graine a dû germer 200 ans avant J-C, mais c’est surtout parce que les incendies géants de cet automne en Californie se sont rapprochés tout près, tellement près, que les pompiers ont mis en place un système d’arrosage automatique pour le protéger.

Plusieurs incendies se sont déclarés dans la forêt du parc national à cause d’éclairs lors d’un orage le 9 septembre 2021. Il y a très peu de route pour accéder à ces zones et rapidement le feu a pris beaucoup d’ampleur, jusqu’à consumer plus de 35 000 hectares de forêt. L’incendie n’était pas encore tout à fait éteint le 11 décembre, jour de la réouverture du parc !

Les séquoias géants sont des arbres particuliers qui ont besoin des incendies pour que leurs graines éclosent. Leur écorce fibreuse, riche en tanins, brûle très mal et les protège des incendies peu intenses mais pas des énormes feux comme il y a eu cette année. Beaucoup d’arbres ont brulé et des milliers de séquoias centenaires, voire millénaires, avec !

Sud du Séquoia National Park, aucun signe de vie dans cette forêt calcinée. Il faudra 20 à 30 ans dans le meilleur des cas pour reconstituer une forêt avec les arbres survivants et les nouvelles pousses.

Le 11 décembre

Maintenant que les incendies sont presque éteints et sous contrôle, le parc national a rouvert l’accès à la forêt des géants (the Giant Forest) où vit le Général Sherman mais aussi la moitié des dix plus grands arbres du monde.

Etre là, le 11 décembre, le jour même de la réouverture, ajoute une solennité supplémentaire à cette rencontre avec Sherman. Je me sens privilégié, sans savoir combien de temps encore la forêt résistera aux incendies qui s’intensifient depuis quelques années en Californie. Pour atteindre la forêt des géants, j’ai du traverser des zones de désolation, de la forêt brulée à perte de vue, jusqu’à ce que la neige dans les hauteurs masque peu à peu les traces de feu pour laisser place à la forêt verdoyante.

On se sent petit face à ce géant millénaire. Il a traversé déjà de nombreuses épreuves, on le voit par ses blessures sur le tronc, ses branches cassées ou d’autres arbres couchés autour de lui.

Avoir vu le plus gros arbre du monde, se dire qu’il a vécu plus de 2000 ans et qu’il aurait pu disparaître en 2021 fait réfléchir à la fragilité de la nature et ses longs cycles de renouvellement. Si le général Sherman avait brulé, d’autres auraient repoussé à sa place mais ces arbres auraient-ils encore la possibilité de vivre 2000 ans ?

D’énormes séquoias ont déjà péri, d’autres mettront des centaines d’années pour atteindre leur taille !

La chasse aux papillons

Quand on fait de la gestion écologique des espaces verts, on travaille entre autres pour que les animaux aient des lieux de vie. La récompense de ce travail se trouve dans l’observation de la faune qui se développe dans nos parcs et jardins.

Les papillons comptent parmi les insectes les plus faciles à observer. Ce sont souvent les premiers que l’on remarque.

J’ai commencé à apprendre à reconnaitre les papillons (et je continue) avec l’opération papillon de Noé conservation. Noé propose d’imprimer des feuilles de reconnaissance avec les photos de papillons pour les reconnaitre facilement. Aujourd’hui, ils ont développé une application sur téléphone papillonline et c’est encore plus simple !

L’Ecaille chinée (Euplagia quadripunctaria) est très jolie, mais pas si facile à reconnaître car sur la feuille de reconnaissance elle est représentée avec les ailes déployées alors que lorsque je l’ai observé ses ailes étaient repliées en triangle zébré noir et blanc.

Je me faisais un peu avoir au début : j’observais un papillon, je « l’enregistrais » dans ma mémoire, je vérifiais en rentrant sur la feuille… Zut, y’en avait 2 ou 3 qui se ressemblaient, je ne savais plus !! On apprend alors à observer quelques détails morphologiques : la forme des ailes, les détails des dessins sur les ailes… Par exemple, si vous voyez un énorme papillon blanc et noir : c’est un Flambé ou un Machaon. Sur l’image, ils se ressemblent pas tout à fait, mais dans la réalité, quand on n’a pas la feuille, c’est pas si facile. Maintenant, on est sauvés : il y a l’appli !

Le flambé (Iphiclides podalirius), est l’un de nos plus grands papillons mais aussi l’un des plus fascinants à observer.

L’intérêt, en plus, c’est que l’on participe à aider les recherches sur les papillons et leur répartition en France. Pour cela, il faut prendre un petit peu de temps pour rentrer les infos sur le site internet, et ça y est, vous faites de la science participative !

L’Italie

Mon voyage en Italie a commencé à Florence, puis je suis descendu dans « la botte » vers Rome, sur la côte Amalfitaine près de Naples et enfin dans le talon de « la botte » : les Pouilles.

Ma première impression dans cette partie de l’Italie est un contraste assez fort entre des villes très minérales avec peu d’espaces verts dans les rues mais de l’agriculture très proche des villes, de grands parcs et la nature qui prend place entre les villes ou sur les reliefs inaccessibles.

Mon voyage en Italie se passe en temps de Covid, du 6 février au 14 mars 2021, le printemps pointe le bout de son nez et les travaux paysagers sont encore à l’arrêt…

Ecosystème

Les écosystèmes qui attirent mon attention sont ceux que l’on peut trouver en ville ou à proximité des villes, où s’organise la vie de la faune et de la flore ainsi que leur déplacement d’un point à un autre.

Sans que ce soit exceptionnel, je trouve qu’il y a plus facilement en Italie des zones délaissées dans les espaces verts. Que les espaces verts en général sont beaucoup moins aménagés qu’en France, moins de chemins en béton mais aussi moins de plantations variées, moins de jardins paysagés

Les cultures côtoient la ville, de l’agriculture urbaine qui n’a jamais été exclue des villes, des cultures d’oliviers, quelques serres, quelques parcelles agricoles. Cette partie de l’Italie, de la Toscane aux Pouilles, est très verte mais les paysages sont souvent très marqués par les cultures. Je me demande donc quelle est la place de la nature et de la faune sauvage dans ces paysages de plaines et de collines plantées d’oliviers. La faune et la flore ont besoin d’une grande variété d’écosystèmes pour se développer, et là, le paysage est répétitif sur des centaines d’hectares !

Par contre, dans les régions que j’ai traversé il y a beaucoup de reliefs, de montagnes abruptes ou de collines qui ne sont pas construites ou aménagées. Des petites parties ont été conquises par l’Homme pour construire des villages ou mettre en place des cultures, mais de larges zones restent inaccessibles et sont autant de refuges pour la flore et la faune.

Faune

Depuis que je travaille en gestion écologique, je suis toujours attentif aux êtres vivants qui nous entourent et à leur lieux de vie. En cette fin d’hiver, j’ai pu observer le début du réveil de la faune, avec beaucoup de reptiles typiques du climat méditerranéen, comme les lézards, habitants les nombreux murs de pierre entourant les champs d’oliviers ou les zones montagneuses.

Dans le jardin botanique de Rome, l’hôtel à insectes a attiré mon attention, un lézard des murailles a trouvé un bon spot de chasse !

Plus loin, dans un bassin du jardin d’inspiration japonaise, des longues grappes d’œufs de crapauds étaient accrochées dans la végétation.

Dans la reconstitution d’une forêt avec de grands arbres, en dessous de la végétation basse et des petites mares : des tritons ! Difficile de faire de belles photos sous la surface de l’eau, je les ai observés quelques instants avant de devoir courir rejoindre les autres…

Lorsque l’on est attentif à la vie qui nous entoure on découvre plein d’espèces que l’on ne voit pas au premier regard. D’autres attirent l’attention comme la perruche moine qui est un peu différente de nos perruches à collier mais tout aussi envahissante. Ici, on ne trouve pas de Corneilles mais des Choucas des tours qui ont sensiblement la même place que dans nos villes. Plutôt que d’être tous noirs ils ont une partie de la tête et du corps gris avec des yeux clairs.

Sur les routes, on aperçoit beaucoup de rapaces faisant des cercles dans le ciel mais aussi beaucoup de petits oiseaux. En effet, ici, pas besoin du confinement pour entendre les oiseaux chanter même à Rome !

Mon voyage se déroulait en hiver, beaucoup d’insectes n’étaient pas encore réveillés, quelques papillons, quelques butineurs et des sortes de milles pattes un peu partout autour des habitations.

Flore

Je ne pensais pas être si surpris par la profusion de fleurs et de plantes sauvages autour ou dans les villes, sur les bords de route, sous les plantations d’oliviers… J’ai appris le métier de jardinier en région parisienne et les villes ou les bords de routes sont plutôt envahies par de la végétation non désirée et en mauvais état. Ici, les bords de route sont moins aménagés avec une végétation de prairie qui parait naturelle.

En France, beaucoup de plantes à fleurs en bords de route ont disparu. Les plus robustes (souvent les « mauvaises herbes ») ont résisté et se sont multipliées. Le stock de graines du sol a donc été enrichi par beaucoup plus de ces plantes et ainsi de pire en pire avec l’implantation des Espèces Invasives.

On trouve en Italie aussi ces mêmes espèces invasives en bord de route mais vraiment très ponctuellement. Les plus visibles en hiver sont les ailantes.

L’Italie, peut-être avec un autre traitement des bords de route, a pu conserver une belle biodiversité végétale !

Par contre, dans les vielles villes, il y a très peu de place pour la végétation, tout est recouvert de pierre ou de béton, chacun chez soi. Les ruelles étroites ombragées qui canalisent les flux d’air ne laissent guère de place aux plantations. Hors de la ville, une profusion de vert et de couleur mais en cœur de ville plus rien !

Piazza del campo à Sienne, énorme place minéral

Réemploi des matériaux

Dans le sud de l’Italie, il y a toute une filière de fabrication de tuteurs et de poteaux de bois brut qui servent pour les rangs de vignes, pour faire des clôtures ou des retenues de terrains. On voit beaucoup d’utilisation de matériaux bruts ou de travaux avec ce qui est disponible à proximité, de la débrouille avec un peu de technique et on a une belle clôture ! En montagne, dans les zones inaccessibles aux véhicules à moteur, des travaux de taille permettent de mettre en place des fagots de branches pour retenir la terre, les poteaux pour les gardes-corps proviennent des matériaux environnants…

Techniques

Je trouve intéressant d’observer l’importance du jardin dans le quotidien des Italiens : est-ce que l’art des jardins a aujourd’hui encore une importance ? Ensuite, est-ce que l’évolution du métier que l’on a en France avec l’application de la gestion différenciée trouve son pendant également en Italie ? Quelle est la place de la nature dans le quotidien des gens ?

En Italie, quand les gens ont des jardins, ils sont souvent utilisés pour le potager, les oliviers, les vignes ou les fruitiers. Dans les régions que l’on a traversées, les italiens ont un usage très pratique du jardin.

Comme la saison d’espace vert n’avait pas encore commencé, il est difficile d’observer les travaux que les Italiens pratiquent. J’ai seulement pu observer quelques travaux de fin d’hiver sur les oliviers. Pour le reste, j’observe autour de moi dans les rues ou dans les parcs comment sont aménagés les espaces verts et quels sont les techniques d’entretien ou de création mis en place.

La culture des oliviers dans le sud de l’Italie est omniprésente, avec différentes techniques d’entretien selon les parcelles, le but étant toujours de faciliter le ramassage des olives. Certains labourent toute la surface, d’autres font seulement des ronds sous les oliviers… D’un point de vue biodiversité, la conservation de morceaux de prairies plus ou moins grandes est toujours préférable que de tout raser… On devine aussi par endroits des surfaces traitées au désherbant total de type glyphosate.

A Rome, les parcs urbains comme ceux de l’Aqueduc ou le parc del Appia Antica, sont des lieux de détente avec de grandes étendues de pelouses pour l’agrément, des grands arbres, des bosquets d’arbustes et quelques nouvelles plantations. Il y a quelques zones sauvages qui s’organisent naturellement autour de morceaux de ruines, des zones mal accessibles ou sur les abords du parc. Il y a peu de massifs de fleurs ou d’arbustes décoratifs (voir paragraphe écosystème) .

En gestion écologique, on porte également beaucoup d’importance au sol et notamment à la problématique du tassement. Or, dans ces grands parcs urbains les voies piétonnes sont en terre tassée.

A Rome, dans le jardin botanique, on retrouve des aménagements paysagers, des tailles de végétaux architecturés mais la vie sauvage y est tout de même présente (voir paragraphe Animaux).

A Florence, dans le jardin de Boboli attenants au Palais Pitti des Médicis, on retrouve un plan de jardin Rennaissance avec de grands linéaires d’arbres taillés au carré soulignés d’allées rectilignes, ponctuées de statues et de fontaines. Au fil des ans, on sent que le parc a du perdre de sa superbe et aujourd’hui il est plus connu pour la vue sur la ville de Florence et les grandes pelouses que ses aménagements paysagers.

Encore une fois, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de voir les jardiniers à l’œuvre, comme nous étions encore en hiver.

Materiel

Le matériel qui a attiré mon attention en Italie est une nacelle élévatrice sur le 3 points d’un tracteur, avec une tronçonneuse perche branchée en hydraulique pour tailler les branches d’oliviers. L’arboriculteur place le tracteur d’un côté puis de l’autre et taille l’arbre en laissant les branches au sol. Les branches restent sécher le temps que les feuilles tombent puis elles doivent sans doute être broyées sur place par la suite.

Ce que je retiens de mon voyage en Italie

En quittant l’Ile de France, j’étais à la recherche de plus de nature, moins d’aménagement et de nourrir l’idée de concilier l’art du jardin et l’écologie. En Italie, cela m’a fait du bien de trouver une nature qui ne semble pas toujours maitrisée, il reste beaucoup d’endroit où la nature trouve sa place que ce soit en ville, sous les oliviers ou les vignes, que ce soit grâce au patrimoine ou aux dénivelés, peut-être parfois à cause (ou grâce) du manque de moyen mis en œuvre… La gestion écologique des espaces verts telle qu’elle peut être pratiquée en France ne trouve pas vraiment son pendant en Italie, mais des zones naturelles s’organisent ‘accidentellement’ par endroits. La faune et la flore sauvages sont encore présentes dans les villes, en dehors des centres historiques habités, quand il y a des espaces verts et dans certaines zones de culture qui offrent malgré tout des lieux de vie.

A Rome, les ruines préservent aussi des EV en centre ville

L’Italie possède encore une grande variété d’espèces qui se raréfient en France. J’espère que le pays saura les préserver, les multiplier et peut être trouveront elles le chemin pour revenir par chez nous !



D’ouvrier paysagiste à ouvrier écologiste.

Je me suis toujours défini comme jardinier plutôt qu’ouvrier paysagiste. Je trouve le terme plus juste et aujourd’hui un jardinier s’occupe de bien plus de chose que « seulement  » du paysage. Depuis plus de 10 ans le métier s’ouvre à de nouvelles idées pour préserver la nature et le Jardinier doit évoluer, réapprendre son métier pour adapter ses gestes et ses pratiques et devenir ouvrier écologiste.

L’écologie des Jardiniers part de cette idée que le métier que j’ai choisi à la sortie de l’école est totalement différent de celui que j’exerce aujourd’hui. La gestion traditionnelle héritée avec plus ou moins de réussite du jardin à la Française se partage aujourd’hui avec la gestion écologique pour proposer une gestion différenciée :

Gestion différenciée = gestion traditionnelle + gestion écologique

La gestion traditionnelle, c’est la maîtrise du végétal avec comme modèle ultime les jardins du château de Versailles. Dans les espaces verts des résidences, des villes, les parcs et jardins… On est rarement à ce niveau d’excellence et on se le dit entre nous qu’on est pas à Versailles !

La gestion écologique, c’est aménager des espaces vert pour accueillir les espèces sauvages, animales et végétales. Travailler en évitant de détruire les habitats, essayer de créer de nouveaux endroits pour développer la biodiversité.

La difficulté du métier de Jardinier professionnel, aujourd’hui, va être de trouver l’équilibre entre les Hommes et la vie sauvage pour que tous le monde y trouve son compte, afin que la Faune et la Flore sauvage puissent se développer et les Hommes profiter des espaces verts.

J’espère avec ce site aider les professionnels sur le terrain à comprendre l’impact de notre travail sur la nature et grâce à l’évolution du métier, aider à conserver la biodiversité dans les espaces verts.